Pascal le grand frère a le premier réflexe pour sauver le monde

Hier, dimanche, je me suis adonnée à une de mes passions : le voyeurisme. 25 minutes de cirque en regardant Confessions Intimes. On ne va pas se leurrer ça sert à ça, à ce que des gens, comme moi, regardent en se disant « ohhh », « ahhh », « annnnnnhhhh ». C’est la version moderne de la femme à barbe. Ça sert surtout à se dire qu’on a de la chance, nous, d’avoir un mari non jaloux, de vivre avec une femme qui n’est pas fan de Franck Michael mais qui nous aime à l’italienne, des enfants qui rêvent encore d’être des artistes, mais qui ne se prennent pas pour des stars. Et parce qu’un professionnel de l’accompagnement ne peut pas s’en empêcher, je me suis mise à raisonner sur ces « cas ». Qu’est-ce que c’est au fond que tout ça ? Des cas classiques de névroses ou de difficultés personnelles ou sociales. J’ai fièrement regardé mon mari, déclarant « je pourrais aider ce Monsieur ».

Ce monsieur, est décrit socialement handicapé, car il est obsédé par le rangement et la propreté de son intérieur. Ainsi, notre pauvre Monsieur est incapable d’inviter ses deux amis autour d’un bol de cacahuètes. Triste ? Peut-être. Mais, franchement, est-ce que c’est grave ? Que va-t-il se passer si Ami 1, et 2, ne mangent jamais de cacahuètes chez Monsieur ? Ne peuvent-ils pas aller boire un verre dans un bar et demander des cacahuètes ? Qui ça dérange ? Et c’est la question la plus compliquée… lorsque j’interviens dans des entreprises autour d’un « problème », je suis toujours très stricte sur ce questionnement : quel est l’enjeu ? « Il faut que l’on améliore notre performance de 5% »… « parce que ?? »… « on l’a décidé »… « ok… pour quelles raisons ? »… « parce qu’il faut s’améliorer »… « hum… afin de… »… C’est la technique des 7 pourquoi. S’il n’y a rien au bout, le « problème » n’existe pas vraiment. C’est ça l’apport du professionnel. Pascal le grand frère, ou Super Nanny, posent toujours ces questions d’enjeu (peu importe qu’on les considère ou non faisant partie de la sacro-sainte confrérie des Men in Black de l’accompagnement…). Ce sont souvent les mêmes d’ailleurs : « si rien ne change, la famille explose », « si rien ne change, ce jeune pourrait finir dehors », « si nous n’augmentons pas notre performance de 5%, nous serons obligés de nous séparer d’une activité ».

C’est seulement s’il y a enjeu qu’il peut y avoir prise de conscience. S’il y a prise de conscience, il peut y avoir action. Donc pas d’enjeu, pas de mouvement. Au terme de ce reportage, notre pauvre Monsieur avait invité ses amis, de 1 à 3, pendant une quinzaine de minutes, si je ne me trompe pas. Et il y avait des cacahuètes… Ses amis étaient fiers de lui. Il y était arrivé. Arrivé à quoi au juste ? Et qu’est-ce que ça change ? A qui ça fait plaisir au fond ? Qui avait besoin de ces cacahuètes ? Qu’est-ce que ça va lui apporter ? Qui a dit « si tu ne payes pas tes cacahuètes, le monde va exploser » ? Faire des choses, ce n’est pas agir. Limitons nos actions à celles qui répondent à un enjeu. En entreprise, j’entends souvent « on a lancé des groupes de travail », « on a lancé une communication ». Et donc ? Combien d’entre nous se lancent dans des régimes, démarrent un journal de gratitudes, repassent des caleçons, bref accumulent les actions, sans enjeu, qui ne mènent donc nulle part ?

Je ne sais pas si Pascal le grand frère sauvera effectivement le monde, mais lui, au moins, n’aurait jamais laissé notre Monsieur se mettre la pression avec ses cacahuètes, pour des cacahuètes.

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